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05 mai, 2005 01:36
[050504] Ce que nous voulons!
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En 1960, emprisonné et durement torturé par ses bourreaux à la solde de l’impérialisme occidental, Patrice Lumumba fera parvenir une dernière lettre à son épouse Pauline, et dans laquelle, une phrase résume tout : “ne pleure pas chérie ! que mort ou vivant, ce qui compte, c’est l’indépendance du Congo et la dignité de l’Afrique… La liberté est l’idéal pour lequel, de tout temps et à travers le monde, des hommes et des femmes ont su lutter et mourir”
En 2005, soit près d’un demi-siècle plus tard, Georges Bush, président des Etats-Unis, dans la logique idéologique de ses prédécesseurs les plus dogmatiques, déclare : “l’expansion de la démocratie et de la liberté, est le meilleur gage de la paix dans le monde”.
Après les attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis, la sanglante prise d’otages dans une école en Russie, et le carnage dans les trains à Madrid, tous les dirigeants du monde, sans distinction géopolitique, ont fait la même profession de foi : “ Il n’y aura aucune négociation avec les terroristes, et rien ne peut justifier des actes de barbarie qui donnent aveuglement la mort et endeuillent l’humanité entière ”.
Mais voici qu’au Togo, des soldats, devenus des instruments d’un clan de criminels désireux de conserver le pouvoir par tous les moyens, abattent froidement des citoyens qui réclament la démocratie, et qu’au Cameroun des étudiants qui demandent l’amélioration de leurs conditions, tombent sous des balles, exactement comme les six cents écoliers de Sowéto en 1976.
L’Occident n’a pas exprimé vraiment d’émotion. Tout ce que nous avons pu entendre d’eux, ce sont des commentaires au conditionnel, avec prudence, discrétion, et des excuses pour les tueurs. Pendant que pour le Togo, les plus bavards ont repris le refrain classique d’appel à la réconciliation et à la formation d’un gouvernement d’union nationale, on a pu constater que pour ces pauvres cadavres d’étudiants camerounais, la conspiration de l’argent versé à des journalistes et des comparses officiels à travers le monde, a fait que l’on les ignore complètement. Silence radio et service minimum.
- Nous n’allons ni inventer la lampe à pétrole, ni le moteur à essence.
- Nous n’allons inventer ni la chasse aux sorcières, ni les fours crématoires.
- Nous n’allons inventer ni les pelotons d’exécution, ni la prison de Roben Island.
- Nous n’allons inventer ni le Tribunal de Nuremberg, ni le Tribunal spécial sur le Rwanda, ni les procès de Pétain, de Barbie, de Pinochet ou des époux Rosemberg.
Ce que l’Amérique veut, c’est donc ce que déclare Georges Bush, et ce que veut la France de Chirac maintenant, c’est une Europe forte qui ferait le contrepoids à l’hégémonie de Washington. Dans cette logique qui exprime leurs programmes stratégiques, la leçon que nous retenons, est la nécessité pour les nationalistes africains, de ne reculer devant aucun sacrifice pour se libérer effectivement et mériter le respect du monde. Le peuple du Sud Soudan et John Garang en sont les exemples.
Nous n’allons rien inventer, et ce que nous voulons, c’est d’abord que dans les luttes qui fondent notre dernier espoir d’un lendemain meilleur, la considération des autres pour notre cause, soit égale à celle qu’ils affectent aux luttes partout ailleurs en Ukraine, en Serbie, en Mongolie, en Irak.
Ce que nous voulons, c’est que le jour de nos procès, l’on ne nous prêche point la réconciliation nationale en trompe l’œil comme des bonbons donnés à des gamins pour détourner leur attention des choses réelles. Nous n’avons vu nulle part des traîtres et des corrompus partager le sort des justes et des patriotes. L’Occident a gagné et conservé sa liberté en mettant les traîtres à mort, et en jetant tous les corrompus dans les poubelles infâmes de l’histoire. La France libre n’a pas pardonné à Pétain, ni à Papon. Le peuple juif n’a pas crée un Etat avec ses traîtres. Partout, ceux qui étaient opposés à la cause du peuple et ceux qui par cupidité ou par calcul égoïste ont été d’intelligence avec l’ennemi, ont été mis à mort.
Comment voudrait-on nous prêcher la tolérance et le compromis ici, pendant que l’histoire nous montre clairement ce que les autres peuples ont fait dans la même situation. Ceux qui en Afrique de l’Ouest ont déclaré que l’élection au Togo s’était déroulée dans des bonnes conditions et que le résidu du clan Eyadema avait gagné honnêtement, méritent d’être mis à mort, tout comme ceux qui, tapis en Occident et dans les bureaux somptueux de l’Onu, ont félicité le peuple togolais pour être allé voter.
La colère des peuples a toujours su régler les comptes de ceux qui, accrochés au mensonge et partisans des oppresseurs, ont joué contre la cause. Lorsque les Américains furent obligés de fuir précipitamment le Vietnam, ils emmenèrent les milliers de traîtres qui avaient pendant longtemps travaillé contre la cause de l’indépendance de leur pays. Demain, à Yaoundé, Libreville, Kampala, Brazzaville et Bangui, on revivra les mêmes scènes. Des pourris responsables de notre misère actuelle embarqueront en petites culottes à bord des avions de l’Occident, fuyant les foules criant vengeance.
Ce que nous voulons, c’est que ici comme hier chez eux, nos peuples soient libres de juger, de revendiquer, de critiquer, de se soulever, et de prendre le pouvoir dans la rue, si nécessaire par les armes.
Ce que nous voulons profondément, c’est que les représentants de ces puissances qui viennent chez nous, disent la vérité, et surtout qu’ils ne s’offusquent pas lorsque nous les interpellons pour corriger leurs erreurs d’appréciation, pour dénoncer leur silence, ou pour critiquer leur démarche. Lorsque des enfants meurent ici et que des ambassadeurs trouvent à blanchir les coupables, nous ne pouvons plus continuer à dire qu’ils sont nos amis ou qu’ils travaillent pour la justice et la paix dans le monde.
Ce que nous voulons, c’est que de petits agents placés dans les ambassades pour s’informer et dire la vérité sur la marche de nos pays, ne se transforment pas en play boys qui dorment dans les boîtes de nuit, font du safari tout le temps, et rédigent des rapports tronqués pour conseiller l’élimination physique des intellectuels honnêtes engagés et des patriotes. L’expérience partout en Afrique est en effet riche, des victimes gratuites des diplomates occidentaux inconsistants, incompétents et cupides qui après avoir passé le plus clair de leur temps à se livrer aux trafics en tous genres, à la prostitution et à la pédophilie, ont indexé des citoyens honnêtes comme des ennemis mortels à détruire.
Ce que nous voulons, c’est que les mêmes principes qui orientent le jugement de ceux qui, ici et là prônent la démocratie, les conduisent à comprendre que nous ne sommes pas libres en Afrique, que nous sommes des otages permanents, que nous sommes gouvernés par des vautours sans foi ni loi, et que à défaut de nous aider à gagner notre liberté et notre indépendance, nous sommes condamnés à suivre Patrice Lumumba. La sortie de crise au Togo ne saurait être une question de négociation, car nulle part dans l’histoire, l’Occident n’a pardonné à un déchet de dictature comme ce fils d’Eyadema. Un gouvernement d’Union nationale suppose que l’on accepte cet enfant de la poubelle comme Président, ce qui équivaudrait à avaliser le complot ourdi contre le peuple togolais et l’humiliation de ce qui reste de nationaliste en Afrique.
Ce que nous voulons, c’est que les grandes puissances qui se réunissent à New York pour faire le bilan du traité de non-prolifération nucléaire signé à Moscou en 1963, comprennent que les peuples à force de souffrance, n’auront pas le choix et utiliseront la première arme qui sera à leur portée. Les Etats-Unis en utilisant l’arme nucléaire contre le Japon en 1945, n’avait consulté personne. Demain, nous ne consulterons personne sur nos moyens, sur nos voies, et sur nos programmes. Les citoyens qui réclament des armes dans les rues de Lomé aujourd’hui, n’attendent plus rien de l’Occident et de l’Onu. Ils ont été trahis par ceux-là mêmes de qui ils espéraient une compassion et un arbitrage justes. Ainsi trahis de l’extérieur, ils ont été aussi trahis de l’intérieur par la Cedeao, Obasanjo et autres.
Ce que nous voulons, ce n’est pas la guerre contre les Etats unis, ni contre l’Europe, ni contre la France, ni contre le Fmi. Ce que nous voulons, c’est cette liberté et cette démocratie évoquées par Georges Bush, et pour cela, nous payerons le prix annoncé par patrice Lumumba.
Le messager
Le 04-05-2005




