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03 mai, 2006 13:38
[060503]Le Cameroun se porte plutôt mal, très mal
Par tonme, Catégories [ General ][ (0) Commenter ] | [149 Reads];| [ (0) Rétroliens ]
Point d’achèvement, fête du travail, et liberté de la presse :
Pressé
de dire sur quoi nous allions investir notre plume cette semaine, nous
n’avions dans l’esprit, qu’une seule image d’un pays abruti, assommé et
désorienté, coincé entre les proclamations mensongères de quelques
responsables publics, les gesticulations cupides des institutions
financières internationales, et les visages de misère et de désespoir
que baladent à longueur de journée, de plus en plus de citoyens aux
quatre coins du pays.
Parce que le peuple attend toujours que
l’explication vienne de nous, de ceux en qui il croit percevoir
quelques lumières sinon quelques efforts de vérité dans un pays où le
mensonge est devenu l’éthique de gouvernance, nous avons longuement
réfléchi, pour enfin, trouver de quoi il pouvait être effectivement
question.
Le quart de siècle que vient de franchir le Cameroun, en a
vu d’autres, des situations de joies éphémères, fabriquées sur les
béquilles des discours et des promesses sans lendemain. Nous sommes
dans un pays où un jour, des citoyens manipulés, sonnèrent les clairons
de la victoire, pour féliciter le chef de l’Etat d’avoir refusé d’aller
au Fmi. Un autre jour, ce fut, dans la même lancée, d’autres motions de
soutien, pour la création des zones franches, qui allaient donner du
travail et à manger à tout le monde. Ce fut enfin, l’entrée dans le
club très couru, semble-t-il, des pays très pauvres et très endettés.
Il s’agit, faut-il le rappeler, de ce même pays dont les experts
disaient en 1982, qu’il avait les caisses pleines, des richesses à
faire pleurer le diable, capable de se passer de toute aide
internationale, et un avenir radieux
Voici venu une autre
victoire, méritant les plus grandes célébrations dont se sont remplies
les radios, télévisions et presses écrites aux ordres.
Parlons donc
du point d’achèvement de l’initiative Ppte à propos duquel, le
gouvernement de la république n’a donné que très peu d’explications au
peuple camerounais. De quoi s’agit-il ?
Dans son principe, il s’agit
simplement d’une remise voire d’un abandon d’une partie de la dette du
pays par les créanciers, à la seule condition que l’argent dégagée,
soit réinvesti dans des projets de développement prioritaires définies
en accord avec lesdits créanciers. En clair, personne ne nous donne de
l’argent, on nous dit simplement de garder et de faire des choses
utiles avec. Or, pour parvenir à la concrétisation de ce cadeau, on
nous demandait de mettre un peu d’ordre dans nos finances publiques,
donc de satisfaire quelques conditionnalités.
La logique de ce que
nous entendons aujourd’hui, voudrait que le Cameroun soit parvenu enfin
à des bons résultats dans cette optique, grâce, proclame-t-on, à des
sacrifices énormes.
Franchement, en mettant tous les discours, les
fausses statistiques, et les chiffres de complaisance de côté, quel
citoyen camerounais, oserait, à moins d’être de ceux qui volent et
pillent sans compter, que le pays se porte mieux qu’il y a cinq ou deux
ans. Le diagnostic est au contraire des plus inquiétants : le pays est
devenu exsangue et tout tombe comme des mangues pourries. Dans aucun
des grands secteurs qui permettent de mesurer la vitalité d’une
économie, il n’est possible d’affirmer aujourd’hui que nous sommes dans
une sortie de crise. De l’éducation en passant par la santé, les
travaux publics, le commerce interne et le commerce d’importation, rien
ne va plus.
Le pays vit un contexte de rupture de tous les rapports
sociaux, et un blocage complet de tous les dialogues. Par ailleurs, la
lutte contre la corruption qui est montrée comme un acquis, ne concerné
en réalité qu’une partie minable de la galaxie satanique ancrée dans
tous les corps. Et lorsque l’on vante le nettoyage du fichier solde,
nous savons tous que là aussi, on a presque pas fait grand chose. Pour
preuve, l’armée a été épargnée. Et s’il fallait parler d’argent à
investir, à qui va t-on confier la gestion du pactole ? Si c’est le
même gouvernement de cent ministres où l’enrichissement rapide est la
règle par crainte des lendemains sombres, autant conclure que l’on
confie la garde de la viande fraîche à des chiens voraces.
Lorsque
l’on abrutit un peuple au point de l’amener à célébrer la programmation
de ses obsèques, la fin de sa dignité, et son élévation au rang de
mendiant international, on atteint effectivement un point d’achèvement.
C’est cela le vrai point d’achèvement pour le Cameroun. C’est un pays
dorénavant sans perspective, où les seuls travaux grandioses sont
indiscutablement, des immeubles luxueux et des hôtels particuliers
générés par les fonds détournés des caisses de l’Etat par des
fonctionnaires véreux. Les sacrifices dont il est question, c’est
essentiellement les citoyens ordinaires qui en font les frais.
C’est
quoi cette affaire de Banque mondiale et de Fmi qui donnent des
satisfecit à un pays qui a un gouvernement de cent ministres. Le
professeur Tchuidjang Pouémi, a dû se retourner dans sa tombe, en
voyant le pays qui l’a vu naître, grandir et mourir humilié aussi
cruellement.
C’est dans ce contexte, un malheur ne venant jamais
seul, que ce pays a cru se mêler de la fête du travail. Tant que la
situation du Cameroun ne change pas, le 1er mai devrait être une
journée de deuil du travail. Comment peut-on fêter le travail dans un
pays où plus 80 % des jeunes en âge de travailler sont au chômage ?
Comment parle-t-on de travail, dans un pays où le gouvernement n’a
jamais conçu un plan d’intégration des jeunes diplômés ? Les trois
quarts des jeunes formés dans les propres écoles professionnelles
d’Etat, sont sans emplois. Par ailleurs, devenir agent de l’Etat, est
devenu une véritable épreuve de messe noire, où tous les avatars de la
corruption, de la perversion sexuelle, de la prévarication et de la
concussion s’y mêlent. Les concours officiels n’ont plus de sens que
pour les idiots. Pour l’Etat, ils sont juste un moyen de collecter les
timbres, les frais de dossier exorbitants. On spolie les pauvres, les
inconnus, et les sans-soutiens, en prenant leur argent, pour des
concours dont les résultats sont connus à l’avance. La dernière affaire
de l’Enam témoigne à suffire.
Dans cette situation, les jeunes, dont
certains ne mettront jamais les pieds ni dans une école ni dans un
centre de formation, se tournent vers le grand banditisme, s’armant de
tout ce qui peut tuer, pour manger, vivre un peu, vivre autrement,
avant de mourir un jour de maladie, ou calcinés par les dérives de “ la
justice populaire ”. Le gouvernement est-il encore à la hauteur de la
tâche, et ceux qui nous parlent de fête du travail, ont-ils encore le
sens de l’honneur ?
La discrimination, la corruption, le tribalisme,
le laxisme judiciaire, et les abus de toutes sortes, ont fini de
convaincre même des Camerounais profondément attachés à leur pays, de
le quitter pour aller se chercher ailleurs, aller même crever au-delà
des mers. C’est dans un pays où le travail, le droit au travail, et le
droit du travail, n’obéissent plus à aucun principe universel de
justice et d’équité, que nous naviguons dorénavant. Lorsque au travail
on vous met comme chef, un parfait cancre dont vous connaissez le
talent de tricheur, que vous reste-t-il ? De nombreux postes dans la
fonction publique, dans les sociétés publiques et para publiques, sont
maintenant occupés par des détenteurs de faux diplômes qui sont connus,
mais protégés. Ces fainéants dont l’arrogance est le plus commun des
styles, ne sèment que vexations, détournements, et haines.
Comment
alors s’étonner aujourd’hui, qu’une bonne partie de la fine fleur du
pays, soit expatriée ? Comment s’étonner qu’il y ait plus de médecins,
d’ingénieurs, d’architectes, et de cadres de toutes spécialités à
l’étranger qu’au Cameroun ? L’argent, le salaire, n’expliquent pas
tout. Le dédain, l’inacceptable pour un cadre, est d’abord cette
gestion ethnique du travail, qui consiste à placer des cancres
au-dessus des gens compétents. Est-ce d’ailleurs un hasard que 80 % des
cadres camerounais expatriés soient de la même ethnie, bamilékés. Il
faut sans doute méditer sur cette fête du travail, que nous ne méritons
point, avant de pavoiser dans des défilés insolents, là où des
corbillards auraient mieux fait l’affaire.
Le plus cruel, c’est,
dans ce contexte, de jouer au gouvernement responsable, pendant que des
milliers d’anciens employés compressés des sociétés publiques, n’ont
toujours pas touché leurs droits, et meurent chaque jour comme des
chiens inconnus.
Parlons enfin de la liberté de la presse. C’est une
triste ironie. Dans les années 1990, le pays était voué à une
démocratisation rapide grâce à la vitalité de la presse libre
naissante. Aujourd’hui, la même presse est devenue méconnaissable,
tellement sale et corrompue, qu’il n’est pas exagéré de penser qu’elle
constitue un véritable frein à une alternative démocratique.
La
situation de la liberté de la presse au Cameroun, commande, avant toute
chose, une auto critique responsable des acteurs de la presse privée,
avant une contestation du cadre juridique, et des pressions
obscurantistes du gouvernement. Les récentes affaires qui ont occupé
les grands titres dans la presse, et donné lieu à des procès
sensationnels, ont démontré la fragilité autant que l’amateurisme d’une
classe de journalistes, dont l’empressement à monnayer leurs plumes
pour des règlements des comptes obscurs, a pris le pas sur la
déontologie élémentaire.
Pratiquement, aucun des grand dossiers
traités par la presse privée au Cameroun n’est plus innocent. Tout se
vend, tous se vendent, et tous sonnent à diverses portes la nuit
tombée, pour collecter les dividendes, ou pour recevoir les ordres. Les
espoirs des années 1990 ont volé en éclats, et pour cause, des jeunes
aventuriers qui n’ont pas connu ces années de braise, n’ont que cure de
la démocratie, du changement, et de la morale de journaliste.
Conscient
de cette fragilité dans un corps qui lui a fait très peur par le passé,
le gouvernement n’a jamais voulu aller jusqu’au bout d’une
libéralisation effective des médias. Les licences longtemps annoncées,
traînent, sans que l’on puisse connaître exactement la conduite à
tenir, ni les plans officiels. Ici comme ailleurs, une lourde et
ignoble discrimination s’est imposée depuis le haut. Les faveurs du
ministère de la Communication semblent réservée à certains, pendant que
d’autres à l’instar de tous les projets autour du Messager, sont
condamnés à des ennuis éternels.
La politique du gouvernement a
réussi en fait, à faire apparaître le quotidien officiel Cameroon
Tribune, comme la voie obligée pour l’information. Ce monopole semble
cependant, en passe de subir la concurrence rude, de bricoleurs comme
Canal 2, que le peuple a définitivement adopté partout il peut recevoir
son signal, et de véritables groupes de presses émergents, à l’instar
de celui de Mutations, et de La Nouvelle expression.
Le Cameroun que
nous analysons en ces jours de mai 2006, à travers trois temps forts de
l’actualité, est loin d’asseoir chez nous, une conviction positive. Les
lendemains semblent encore plus embrouillés et incertains, plus durs et
plus dangereux, après ce que l’on appelle Point d’achèvement.
Les
bruits inutiles orchestrés sur cette affaire de point d’achèvement,
achèvent de nous convaincre, que la mauvaise gouvernance, la misère et
la corruption subséquente, vont effectivement achever les Camerounais,
et nous conduire inéluctablement vers une congolisation des dernières
années du règne de Mobutu.
Par Shanda TONME
Le messager
Le 03-05-2006




