La responsabilité première de chaque citoyen, de chaque institution ou de chaque groupe humain, c’est de bien mesurer la signification et les conséquences de ses actes. Il va de soi que chacun fonctionne sur la base des principes précis qui à leur tour, correspondent à des intérêts précis en toutes circonstances.

On dit ainsi des Etats par exemple, qu’ils articulent leurs conduites internationales, à partir des fondements et des principes que prédéterminent la situation géographique, l’histoire, la culture, la composition et le nombre des habitants, les ressources naturelles et l’organisation des relations commerciales.

On ne conçoit point, dans cette optique, un Etat quelconque, prenant une décision diplomatique qui soit à l’opposé des axes et orientations que lui commandent ces atouts répertoriés exactement comme des signes particuliers collés à une identité unique. La géopolitique et la géostratégie dans les enseignements de science politique ne sont rien d’autre que cela.Alors, lorsque nous plongeons dans l’arène politique des nations, on fait face à des acteurs qui peuvent prendre plusieurs visages, revêtir une multitude de figures, et concentrer moult intérêts. En somme, les partis politiques offrent la première vue du terrain, mais sans confisquer ni l’organisation, ni la conduite, ni la sanction du jeu et des enjeux.

C’est vrai, le parti politique, représente l’entité institutionnelle la plus élaborée en tant que cadre d’expression, moyen de présentation, et outils de validation des aspirations d’un groupe d’intérêts.   Cette donne n’est respectable et stable, que si le groupe prêche  une véritable philosophie, une idéologie, et cultive une doctrine distincte, opposable aux autres, capable de servir de référence.

La politique, la vraie, celle qui porte sur l’affirmation d’une idéologie déclarée, n’a de sens que si elle prend en compte non pas seulement les calculs de circonstance, mais aussi la perspective à long terme de fidéliser une clientèle effective. Or fidéliser la clientèle qui ici n’est autre que les citoyens  collectivement, suppose une conduite irréprochable, une cohérence dans les actes, les déclarations, les choix d’alliance, et les indications de programme.

Dans l’entendement classique, on fait la politique pour des objectifs et des buts réels, et on crée le parti politique pour garantir l’existence d’un véhicule vers le sommet du pouvoir. La politique ne saurait donc se faire par procuration, et elle ne saurait être faite pour renforcer ou pour cultiver les victoires d’un adversaire.

Alors, de la politique chez nous, dans les systèmes de démocratie de brousse où la barbarie discute la prééminence à la sauvagerie dans les qualificatifs appropriés, l’acteur politique porte-t-il les aspirations du parti ? Faut-il vraiment parler de partis politiques ou de simples regroupements d’indigents en quête de solution pour sortir de quelques disettes ?

Nous n’avons jamais eu la prétention de dispenser un cours général sur la morale de la politique. Mais de grâce, nous avons toujours estimé, et nous le répétions ici même il y’a tout juste une semaine, que nous avions une responsabilité particulière voire historique par rapport aux exigences d’émancipations de nos concitoyens.

Il ne faut point craindre de demander des comptes à ceux qui s’enfoncent dans la politique sans idéologie ni doctrine, comme un véhicule qui n’aurait ni marque ni modèle. La problématique de la définition et de l’identification d’une orientation concrète assise sur des principes incontestables, nous préoccupe franchement.

Nous avons entendu que le parti politique qui va à une élection, a par avance accepté les règles, compris les enjeux, et obtenu toutes les assurances sur le sens du jeu, les règles qui vont gouverner la compétition, et le loyalisme des concurrents.

Notre plus grande peine, c’est de constater combien, sans précaution ni réserve, une bande de petits voyous se lèvent un matin, remplissent quelques formalités administratives, et se déclarent leaders politiques.
Il faut prendre peur de ce qui se passe sous les cieux des tropiques. La propension maintenant établie de cette nouvelle race mendiants qui jouent à faire de la politique sans rien comprendre à la politique et qui vont à des élections pour se désolidariser des résultats le lendemain, constitue le plus grand danger pour la république.

Nos voulons voir venir des partis politiques, animés par des gens intègres et sages, qui savent à qui ils s’adressent, contre qui ils s’insurgent, et pour quels objectifs ils se pavanent. Qui sont ces prophètes de la honte et du déshonneur qui s’accoquinent avec le diable en plein jour, pour clamer ensuite leur innocence ? Va-t-on aux élections contre le diable dont on connaît la longueur du couteau et la morale basse de ses disciples ?

Nous sommes volontiers partisan du diable qui n’a de loi et de règlement que les versets de Machiavel.

Pour Machiavel, les invitations à manger ne représentent jamais la manifestation de l’amitié ou de la compassion. Le héros de Machiavel se plaît à cultiver la disette car c’est du phénomène de l’agonie générale de ses ennemis, qu’il conforte son pouvoir. Il n’y a de vrai idéologue dans le champ de la disette, que le prince de Machiavel en personne. Solitaire dans ses privilèges de pouvoir, autoritaire dans la maîtrise de tout l’espace, fort en thème et discret dans l’exécution finale de ses plans cruels, il jouit à voir ses ennemis retourner leurs vestes pour le célébrer.

La seule démarche possible face au Prince de Machiavel, c’est justement de rester très ferme sur une idéologie que l’on aurait bien élaborée, approfondie et diffusé dans le peuple. Il n’y a rien à redouter lorsque l’on se tient ferme devant les plans du prince et que l’on jure de ne jamais céder à ses tentations.

Comme il clair que le prince Machiavel ne tient qu’à son pouvoir et ne fera rien pour laisser un seul espace de contestation, il faudrait pour les acteurs intelligents, beaucoup de patience et d’intelligence.  La première vertu d’un parti politique conforme à cette vision de rigueur est la suffisance, l’honneur, la dignité, et l’intégrité jusqu’à la mort.

La vie de Nelson Mandela n’est-elle pas le meilleur témoignage e guise d’exemple ? C’est lui, le prisonnier de la petite île solitaire perdue dans l’océan, qui se fit admirer par ses bourreaux, et qui rendit possible l’écroulement des racistes afrikaners et le triomphe des aspirations du peuple noir d’Afrique du Sud à la dignité. Son anniversaire aujourd’hui, est encore mieux célébré par ceux la mêmes qui firent tout pour le faire plier sans succès.

Alors taisez vous, vous ces salauds de la politique qui embrassent le prince de Machiavel pour obtenir un peu à manger, et qui prétendez ensuite qu’il est méchant, qu’il est tricheur, qu’il ne respecte pas sa parole. Le Prince est l’être le plus fidèle et le plus honnête qui soit, mais il ne l’est que pour ses intérêts. Le Prince est cohérent avec les objectifs de pérennisation de son pouvoir, et il a besoin pour y parvenir, de vous réduire tous en esclaves, vous les indigents.

En tout état de cause, nous ne devrions pas plaindre ces  gens qui jouent à faire de la politique sans comprendre le sens de leurs actes, la signification et les conséquences de leurs engagements. En Afrique du Sud, ce sont les fantoches qui se pressèrent pour valider la politique des bantoustans, qui sont aujourd’hui pointés du doigt comme des traîtres.  Oui en effet, le régime d’apartheid avait pensé à la politique des bantoustans pour donner l’illusion à quelques courtiers nègres sans idéologie ni doctrine, de se faire chefs de quelque chose, quelque part.

Ne cherchez pas loin le sens de notre parallèle. La réalité du jeu politique local renvoie à cette même stratégie de mise à mort des solidarités générales et de renvoie dans la tombe, de l’unité nationale. C’est chacun chez lui, contre l’autre compatriote devenu une espèce d’étranger appelé allogène.

Si vous aviez bien compris, que faisiez vous donc dans une élection dont les règles ne correspondaient ni à des principes de transparence, ni à des exigences de solidarité nationale ? Un seul tour et sans candidature indépendante, vraiment !

Au Sénégal où on a vite compris les intentions et la philosophie de Machiavel, les gens sages cousues de doctrines propres et d’idéologie de solidarité, ont privilégié leurs dignités et leurs intégrités morales. Ils ont refusé l’invitation que leur avait faite le prince d’aller danser le tango pour tromper le peuple et donner l’illusion de la démocratie.

Malheur aux peuples qui comme le nôtre, n’auraient de politiciens que des salauds indigents, et quelques voyous en quête de refuge pour se soustraire aux procès. C’est une catastrophe./.


SHANDA  TONME

25  JUILLET  2007