Pour la coexistence des peuples six ans après

The white House Sur la relation de cause à effet entre les attentats et la politique étrangère des Etats-Unis redéployée par le nouveau président, il est aujourd’hui possible de convenir que le désintérêt annoncé par les Etats-Unis sur la question palestinienne, ne pouvait être interprétée par les groupes islamistes fanatiques, que comme un soutien voilé et inconditionnel à Israël. La logique du raisonnement désespéré pouvait se traduire ainsi qu’il suit: que le plus fort gagne et que le plus faible se soumette. En somme, tant pis pour les palestiniens et pour les arabes qui réclament la restitution de leurs terres.


Cette démarche du Président constituait un recul, une rupture brutale, une déchirure menaçant les positions des pays arabes modérés qui avaient investi des efforts immenses au cours de la Présidence Clinton pour la recherche d’un accord de paix. Cet accord de paix devait aboutir à l’élaboration d’un calendrier précis pour la création d’un Etat palestinien. Comment allaient en effet réagir les fanatiques arabes désespérés sinon par la violence, devant un discours et des actes qui mettaient à mort les accords d’Oslo? Alors que le monde entier avait assisté satisfait à la volonté extraordinaire du Président Clinton Bill Clinton - Yasser Arafat - Yitzhak Rabinpour essayer de d’arracher un accord entre le premier Ministre israélien Ehud Barak et le Président de l’autorité palestinienne Yasser Arafat, quelqu’un d’autre nouvellement installé à la Maison Blanche remettait tout cela en cause, et se démarquait complètement de la situation. Dès lors, les extrémistes de tous les bords, dont les plus organisés encadrés par Ben Laden dans l’organisation Al Qaida, allaient prendre la décision de rappeler aux Etats-Unis leurs responsabilités en leur faisant au besoin payer un prix inestimable, insupportable et imprévisible pour leur faute. Le décor des attentats du 11 septembre 2001 était ainsi planté.

De la puissance solitaire à la puissance collective
Dans l’évaluation de la compétence et de la capacité managériale des dirigeants, que l’on soit en contexte public dans le cadre d’un Etat ou en contexte privé dans le cadre d’une entreprise, les premières heures de la survenance d’un drame sont cruciales. Les réactions et les actes posés dans les instants qui suivent les événements, permettent d’apprécier le degré de solidité des structures, leur niveau de fonctionnement, leur harmonie et leur efficacité.
Au moment où les images des deux premiers avions qui s’encastrent sur les tours jumelles de New York sont diffusées en direct sur les télévisions, le Président Georges Bush se trouve dans une école loin de Washington. Comme s’il s’attendait à ce drame, le Chef de la première puissance du monde régira promptement pour mettre en cause, les barbares qui se sont attaqués au monde civilisé et promettra au peuple américain la victoire sur les terroristes. Nous allons dit-il, leur mener une guerre impitoyable, en les traquant partout où ils se cachent. Nous allons les avoir et nous les traduirond devant les tribunaux afin qu’ils répondent de leurs cruautés. Les terroristes doivent dès maintenant perdre le sommeil, parce que nous ne leur laisserons aucun répit.


Colin Powell Le Chef de la diplomatie américaine, Colin Powell, emboîtera immédiatement le pas au Président pour parler sans détour, de guerre ouverte opposant les civilisés au non civilisés. Bien que paniqués, quelque peu étourdis et assurément surpris, l’administration américaine et tout le système de coordination et de gestion de l’Union produiront dans les premiers instants, un bel exemple de crisis control. Mais le plus important n’était plus seulement l’évaluation de la capacité de réaction des Etats-Unis et le degré de solidité et d’efficacité de son système face à une attaque étrangère. Le challenge était dorénavant porté vers l’extérieur, la mise en œuvre des mécanismes de sécurité collective à l’échelle de toute la planète et le niveau d’adhésion et de contribution à une croisade géostratégique centrée spécialement sur la lutte contre le terrorisme en réponse à l’humiliation subie par les Etats-Unis.


Comment allaient réagir les pays qui il y a moins d’un mois encore, étaient traités de moins que rien par les Etats-Unis ? Comment allaient se comporter à l’endroit d’une super puissance endeuillée, ces nations et ces peuples dont Bush foulait l’amour propre au pied lors de la conférence sur le racisme en Afrique du Sud en rappelant brutalement sa délégation ? Qu’allait faire la Russie de Poutine, consciente de ce que Washington se prenait dorénavant pour le nombril du monde et pour le Roi solitaire ? Que signifiait pour le Secrétaire Général de l’Onu un simple message de condoléances, connaissant l’arrogance avec laquelle le nouveau Président américain avait abordé les relations avec l’Organisation ?


En réalité, les attentats du 11 septembre venaient à point nommé pour rappeler au nouveau Président de même qu’au peuple américain tout entier, que ni les bombes nucléaires, ni les portes avions hyper puissants, ni les avions bombardiers de dernier cri sorti du rêve des ingénieurs fou du complexe militaro-industriel, ni les ordinateurs de Bill Gate, ni les dollars de Wall Street, ne pouvaient dorénavant garantir la sécurité des Etats-Unis et leur garantir une invulnérabilité absolue. Il n’y avait donc plus ni puissance absolue dans le monde ni peuple entièrement protégé. La guerre froide avait vécu certes, mais l’autre guerre, celle menée inconsciemment et implicitement contre les pauvres, les damnés de la terre et tous mécontents de la terre, n’avait jamais pris fin et ne prendra pas fin avant longtemps.


Dollar américain Le président des Etats-Unis réalisait du coup, dans la pire des solitudes qu’un homme d’Etat et son pouvoir peuvent redouter, que le monde avait changé, pas seulement pour devenir un grand village où le dollar circule partout sans restriction pour capter les richesses, mais aussi qu’il avait changé pour disséminer les connaissances, épandre les sciences et les techniques. De parfaits fils de pauvres venus d’Afrique, d’Asie et du Moyen-Orient, maîtrisent maintenant trop de choses à l’instar des aéronefs, et peuvent les retourner contre leurs oppresseurs, leurs puissants chefs. Bref des intelligences vives, alertes et raffinées sorties des profondeurs des ghettos et formées dans les meilleurs laboratoires occidentaux, peuvent se transformer en esprits du mal, en instruments de la terreur guidés par des instincts de vengeance.


Dans cette nouvelle configuration des intelligences qui forçait la remise en cause de la cartographie des puissances, les Etats-Unis avaient besoin de tout le monde, de tous les amis, des moindres soutiens. L’heure n’était plus à l’arrogance, et la puissance unique prônée explicitement par les néo-conservateurs américains était une erreur. Les Etats-Unis avaient subitement besoin de la Russie, de l’Europe, de l’Afrique, de l’Asie, des pauvres, des riches, des misérables, pour un élan universel contre leurs ennemis invisibles. La nouvelle guerre ne pouvait valablement être engagée, que par la conception, l’élaboration, et le déploiement d’une stratégie globale. Devant la main tendue de l’Amérique et les appels de son président devenu humble par les contraintes d’un destin douloureux, tous les dirigeants du monde, à quelques exceptions près, exprimèrent leur solidarité et leur soutien. Si les soutiens d’un Tony Blair le Premier ministre britannique ou d’un Jacques Chirac le président français allait de soi, l’engagement très prononcé de Vladimir Poutine à s’associer aux Etats-Unis dans leurs plans de lutte contre les terroristes, constitua une véritable révolution diplomatique.


Situation en Tchétchénie devant le palais de Grozny (1995) Les attentats du 11 septembre surviennent en effet au moment où les relations russo-américaines sont au plus mal. De ce drame proprement américain, naîtra pratiquement une relation personnelle entre les dirigeants des deux pays, et l’on assistera à une relance de leurs échanges dans de nombreux domaines. Sans doute parce que à Moscou l’on estimait que Washington avait pris trop de libertés sur la question Tchétchène, on était disposé à l’en excuser après que Bush ait vécu en grandeur nature, les foudres du terrorisme.
(A suivre)
 

Par Shanda TONME
Le 19-09-2007