La désignation d’un nouveau Directeur général du Fonds monétaire international, en l’occurrence le Français Dominique Straus Kahn, a immanquablement relancé le débat sur le contrôle des institutions internationales. En effet, l’on ne comprend plus ou ne tolère plus un système de gestion des affaires du monde articulé sur la seule volonté collective d’une poignée de pays qui en imposent aux autres, comme si en plus d’un demi-siècle de transformations, de mutations et de modifications profondes des rapports économiques, politiques et diplomatiques, aucune conséquence logique n’aurait été tirée.

Bush La déclaration du président des Etats-Unis sur le nucléaire iranien est venue enfoncer le clou, et aggraver les inquiétudes. En réponse à Vladimir Poutine le président Russe qui, en visite à Téhéran, s’est prononcé pour le droit de l’Iran à accéder à la technologie nucléaire à des fins civiles, Georges Bush a, pour la première fois, évoqué une troisième guerre mondiale au cas où ce pays se doterait de l’arme nucléaire. Cette déclaration n’a rien d’original, puisque le bouillant président français Nicolas Sarkozy, suivi de son Ministre des Affaires étrangères, avait pratiquement dit la même chose moins d’un mois plus tôt. Ce qui est nouveau, c’est la précision et la généralisation ajoutées par le chef de la Maison Blanche. Alors qu’il n’avait été question jusque-là que de "tout faire pour empêcher le régime Chiite d’accéder à l’arme nucléaire", un cap a été franchi avec l’implication implicite de tous ceux qui soutiendraient les ambitions iraniennes.
Dans le même temps, la progression faramineuse du prix du baril du brut, le renforcement de la dépendance de l’Europe Occidentale vis-à-vis du gaz soviétique, la campagne effrénée du Brésil pour la promotion du biocarburant, et l’expansion vertigineuse de l’industrie chinoise constituent dorénavant des chevaux de bataille qui bouleversent complètement les intelligences diplomatiques et appellent à de nouvelles pistes de réflexion pour faire concilier les contradictions et juguler les menaces.


En fait, le monde est plongé dans une turbulence aux conséquences imprévisibles, dont les sources sont à chercher dans une mauvaise transition des temps de la guerre froide aux temps d’un apaisement apparent, résultant plus d’un besoin de répit des acteurs, plutôt que d’un épuisement des oppositions.

Les idéologies et les doctrines, qui ont bâti les rapports actuels de force, n’ont pas du tout évolué, et les institutions qui gouvernement les relations entre les Etats, fruits des subjectivismes de l’époque ancienne, ne sont plus véritablement adaptées. La vision occidentale sur le nucléaire iranien reflète davantage cette carence, au lieu d’une volonté de protection de l’Etat d’Israël vilipendé et menacé de destruction par le régime regrettablement belliqueux de Téhéran, dont la popularité demeure relative.
Hugo Chavez Il demeure que les assauts verbaux d’un Hugo Chavez et les diatribes du dirigeant iranien s’intègrent facilement et même trop correctement dans une recherche de justice demeurée insatisfaite, que les peuples à travers le monde continuent de porter comme une maladie en attente d’antidote.


En réalité, lorsque le mur de Berlin tombe, ce sont toutes les institutions de l’après-guerre qui tombaient. Il fallait pour les dirigeants du monde repenser tous les mécanismes de la coopération internationale et engager immédiatement la réforme de l’Onu, principal outil de cette coopération. Au lieu de cela, les grandes puissances, particulièrement occidentales, ont cru pouvoir gouverner le monde tout seul, en décrétant une libéralisation dont le but se limitait à l’ouverture de tous les marchés des autres pays à leurs produits.
Pendant que l’on ne trouvait pas de consensus pour changer l’articulation des pouvoirs au sein du Conseil de sécurité de l’Onu, l’on trouvait assez d’astuces et de moyens pour mettre en place l’Omc, libéraliser complètement le commerce du textile, du coton, et toutes sortes de produits à l’avantage des seuls pays riches.

Conséquence: l’on se retrouve face à un dilemme profond résultant de la croissance des pays que l’on avait jusqu’ici négligé et de leurs ambitions légitimes à changer les règles du jeu, ou à défaut de jouer en dehors des règles de l’Occident et de construire de nouveaux axes.


Au moment où les Etats-Unis croyaient avoir définitivement triomphé des idéologies de gauche et de la théologie de la libération en Amérique latine, l’on assiste à la renaissance du castrisme avec l’apparition de Hugo Chavez et d’un Evo Moralès. Le drame des Maîtres de l’Occident, c’est finalement de s’être endormis sur ce que Berlusconi l’ancien Premier ministre Italien a appelé “ la supériorité de la civilisation occidentale ”. Même si de nombreuses études avaient prévu la montée de la Chine, personne dans les cercles dirigeants de Paris, Londres ou Washington, n’avait entrevu les conséquences sur les relations internationales dans l’étendue actuelle. Les chinois ont pourtant usé du vieux slogan capitaliste selon lequel, la marchandise et le capital sont les meilleurs instruments pour développer la force, conquérir le monde et développer l’influence.


Lorsque le président des Etats-Unis menace aujourd’hui le monde d’une guerre planétaire si l’Iran se dote de l’arme nucléaire, il s’agit simplement d’une démission face à l’importance de l’exigence d’une réforme des institutions internationales. Comment en effet continuer à imposer à des Etats souverains le traité de Moscou qui représente un des derniers résidus du monde ancien construit sur une vision égocentrique ? Il en va de ce traité de Moscou, comme il en irait de la technologie des téléphones mobiles, dont on connaît la hauteur technologique et l’utilisation comme instruments de détonation des bombes de toutes natures.


Les erreurs de l’Occident sont en train de conduire à la construction de nouvelles alliances qui vont défaire de façon automatique tous les mécanismes et les rapports de force issus de 1945 et contestés par les peuples. Washington n’a toujours pas compris ou ne veut pas comprendre que l’époque Moscou et Pékin se combattant est révolue ; et que pour des raisons géopolitiques de pure circonstance, ces deux géants sont dorénavant capables de pactiser positivement. Sur le nucléaire iranien par exemple, il est depuis longtemps évident que les deux têtes du communisme mondial entendent exploiter l’opposition de l’Occident en conservant une amitié fonctionnelle et un soutien diplomatique à Téhéran.


Les pays africains, l’autre vecteur diplomatique dans le jeu planétaire, sont plus disposés à avaliser les arguments de Téhéran qu’à se ranger du côté d’un Occident dont Sarkozy affiche l’arrogance répugnante. Les nouveaux enjeux dépassent ainsi très largement les simples dimensions événementielles qu’une mauvaise interprétation de l’actualité.


Devant l’accumulation des dangers, c’est aux responsables américains qu’il revient de prendre des initiatives salutaires en développant un discours plus adapté et rassurant d’avantages. Si les initiatives au Proche-Orient semblent aller dans le sens de la démonstration de la conscience de cette responsabilité, l’attitude à l’égard de Moscou et de Téhéran n’est nullement propice pour garantir la réussite de la démarche. Il est en effet impossible de pacifier la région sans une entente avec la Syrie, et il est impensable de réussir à convaincre la Syrie en maintenant un champ de tension avec Moscou.


Il convient à ce propos de dire que Washington a pris une très mauvaise décision dans les négociations sur le renouvellement des traités relatifs aux armements nucléaires le liant à Moscou. La décision de construire des sites anti-missiles en Pologne et en Tchéquie est déjà une pomme de discorde pratiquement insoluble ; maintenant il y a les difficultés créées par le même pays, pour le renouvellement des traités sur les systèmes anti-missiles existant de longue date entre les deux pays.


SpoutnikMoscou a déjà annoncé, riche des trésors du pétrole et du gaz, la relance de la modernisation de toutes ses armées, pendant qu’à Pékin, les meilleurs ingénieurs du pays sont mobilisés pour essayer de combler le fossé dans les technologies d’application militaire. La Chine a pu au cours de l’année 2007, à la fois envoyé un homme dans l’espace, et détruire un objet dans l’espace avec un missile, ce qui équivaut en prouesse stratégique, au premier satellite Spounik soviétique en 1957.


Voilà donc où nous en sommes, plus proche de la préparation de la guerre et des discours de la guerre, simplement parce que des pays puissants, gonflés ou mal rassurés par leur domination d’hier, continuent de résister aux réformes des institutions et des mécanismes de la coopération internationale.
 

Par Shanda Tomne
Le 24-10-2007