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24 octobre, 2007 12:11
Repenser le monde ou préparer une nouvelle guerre planétaire ?
Par tonme, Catégories [ General , Géopolitique , Géostratégie ][ (0) Commenter ] | [158 Reads];| [ (0) Rétroliens ]
La désignation
d’un nouveau Directeur général du Fonds monétaire international, en
l’occurrence le Français Dominique Straus Kahn, a immanquablement
relancé le débat sur le contrôle des institutions internationales. En
effet, l’on ne comprend plus ou ne tolère plus un système de gestion
des affaires du monde articulé sur la seule volonté collective d’une
poignée de pays qui en imposent aux autres, comme si en plus d’un
demi-siècle de transformations, de mutations et de modifications
profondes des rapports économiques, politiques et diplomatiques, aucune
conséquence logique n’aurait été tirée.
La déclaration du président des Etats-Unis sur le nucléaire iranien est
venue enfoncer le clou, et aggraver les inquiétudes. En réponse à
Vladimir Poutine le président Russe qui, en visite à Téhéran, s’est
prononcé pour le droit de l’Iran à accéder à la technologie nucléaire à
des fins civiles, Georges Bush a, pour la première fois, évoqué une
troisième guerre mondiale au cas où ce pays se doterait de l’arme
nucléaire. Cette déclaration n’a rien d’original, puisque le bouillant
président français Nicolas Sarkozy, suivi de son Ministre des Affaires
étrangères, avait pratiquement dit la même chose moins d’un mois plus
tôt. Ce qui est nouveau, c’est la précision et la généralisation
ajoutées par le chef de la Maison Blanche. Alors qu’il n’avait été
question jusque-là que de "tout faire pour empêcher le régime Chiite
d’accéder à l’arme nucléaire", un cap a été franchi avec l’implication
implicite de tous ceux qui soutiendraient les ambitions iraniennes.
Dans le même temps, la progression faramineuse du prix du baril du
brut, le renforcement de la dépendance de l’Europe Occidentale
vis-à-vis du gaz soviétique, la campagne effrénée du Brésil pour la
promotion du biocarburant, et l’expansion vertigineuse de l’industrie
chinoise constituent dorénavant des chevaux de bataille qui
bouleversent complètement les intelligences diplomatiques et appellent
à de nouvelles pistes de réflexion pour faire concilier les
contradictions et juguler les menaces.
En fait, le monde est plongé dans une turbulence aux conséquences
imprévisibles, dont les sources sont à chercher dans une mauvaise
transition des temps de la guerre froide aux temps d’un apaisement
apparent, résultant plus d’un besoin de répit des acteurs, plutôt que
d’un épuisement des oppositions.
Les idéologies et les doctrines, qui ont bâti les rapports actuels de
force, n’ont pas du tout évolué, et les institutions qui gouvernement
les relations entre les Etats, fruits des subjectivismes de l’époque
ancienne, ne sont plus véritablement adaptées. La vision occidentale
sur le nucléaire iranien reflète davantage cette carence, au lieu d’une
volonté de protection de l’Etat d’Israël vilipendé et menacé de
destruction par le régime regrettablement belliqueux de Téhéran, dont
la popularité demeure relative.
Il demeure que les assauts verbaux d’un Hugo Chavez et les diatribes du
dirigeant iranien s’intègrent facilement et même trop correctement dans
une recherche de justice demeurée insatisfaite, que les peuples à
travers le monde continuent de porter comme une maladie en attente
d’antidote.
En réalité, lorsque le mur de Berlin tombe, ce sont toutes les
institutions de l’après-guerre qui tombaient. Il fallait pour les
dirigeants du monde repenser tous les mécanismes de la coopération
internationale et engager immédiatement la réforme de l’Onu, principal
outil de cette coopération. Au lieu de cela, les grandes puissances,
particulièrement occidentales, ont cru pouvoir gouverner le monde tout
seul, en décrétant une libéralisation dont le but se limitait à
l’ouverture de tous les marchés des autres pays à leurs produits.
Pendant que l’on ne trouvait pas de consensus pour changer
l’articulation des pouvoirs au sein du Conseil de sécurité de l’Onu,
l’on trouvait assez d’astuces et de moyens pour mettre en place l’Omc,
libéraliser complètement le commerce du textile, du coton, et toutes
sortes de produits à l’avantage des seuls pays riches.
Conséquence: l’on se retrouve face à un dilemme profond résultant de la croissance des pays que l’on avait jusqu’ici négligé et de leurs ambitions légitimes à changer les règles du jeu, ou à défaut de jouer en dehors des règles de l’Occident et de construire de nouveaux axes.
Au moment où les Etats-Unis croyaient avoir définitivement triomphé des
idéologies de gauche et de la théologie de la libération en Amérique
latine, l’on assiste à la renaissance du castrisme avec l’apparition de
Hugo Chavez et d’un Evo Moralès. Le drame des Maîtres de l’Occident,
c’est finalement de s’être endormis sur ce que Berlusconi l’ancien
Premier ministre Italien a appelé “ la supériorité de la civilisation
occidentale ”. Même si de nombreuses études avaient prévu la montée de
la Chine, personne dans les cercles dirigeants de Paris, Londres ou
Washington, n’avait entrevu les conséquences sur les relations
internationales dans l’étendue actuelle. Les chinois ont pourtant usé
du vieux slogan capitaliste selon lequel, la marchandise et le capital
sont les meilleurs instruments pour développer la force, conquérir le
monde et développer l’influence.
Lorsque le président des Etats-Unis menace aujourd’hui le monde d’une
guerre planétaire si l’Iran se dote de l’arme nucléaire, il s’agit
simplement d’une démission face à l’importance de l’exigence d’une
réforme des institutions internationales. Comment en effet continuer à
imposer à des Etats souverains le traité de Moscou qui représente un
des derniers résidus du monde ancien construit sur une vision
égocentrique ? Il en va de ce traité de Moscou, comme il en irait de la
technologie des téléphones mobiles, dont on connaît la hauteur
technologique et l’utilisation comme instruments de détonation des
bombes de toutes natures.
Les erreurs de l’Occident sont en train de conduire à la construction
de nouvelles alliances qui vont défaire de façon automatique tous les
mécanismes et les rapports de force issus de 1945 et contestés par les
peuples. Washington n’a toujours pas compris ou ne veut pas comprendre
que l’époque Moscou et Pékin se combattant est révolue ; et que pour
des raisons géopolitiques de pure circonstance, ces deux géants sont
dorénavant capables de pactiser positivement. Sur le nucléaire iranien
par exemple, il est depuis longtemps évident que les deux têtes du
communisme mondial entendent exploiter l’opposition de l’Occident en
conservant une amitié fonctionnelle et un soutien diplomatique à
Téhéran.
Les pays africains, l’autre vecteur diplomatique dans le jeu
planétaire, sont plus disposés à avaliser les arguments de Téhéran qu’à
se ranger du côté d’un Occident dont Sarkozy affiche l’arrogance
répugnante. Les nouveaux enjeux dépassent ainsi très largement les
simples dimensions événementielles qu’une mauvaise interprétation de
l’actualité.
Devant l’accumulation des dangers, c’est aux responsables américains
qu’il revient de prendre des initiatives salutaires en développant un
discours plus adapté et rassurant d’avantages. Si les initiatives au
Proche-Orient semblent aller dans le sens de la démonstration de la
conscience de cette responsabilité, l’attitude à l’égard de Moscou et
de Téhéran n’est nullement propice pour garantir la réussite de la
démarche. Il est en effet impossible de pacifier la région sans une
entente avec la Syrie, et il est impensable de réussir à convaincre la
Syrie en maintenant un champ de tension avec Moscou.
Il convient à ce propos de dire que Washington a pris une très mauvaise
décision dans les négociations sur le renouvellement des traités
relatifs aux armements nucléaires le liant à Moscou. La décision de
construire des sites anti-missiles en Pologne et en Tchéquie est déjà
une pomme de discorde pratiquement insoluble ; maintenant il y a les
difficultés créées par le même pays, pour le renouvellement des traités
sur les systèmes anti-missiles existant de longue date entre les deux
pays.
Moscou a déjà annoncé, riche des trésors du pétrole et du gaz, la
relance de la modernisation de toutes ses armées, pendant qu’à Pékin,
les meilleurs ingénieurs du pays sont mobilisés pour essayer de combler
le fossé dans les technologies d’application militaire. La Chine a pu
au cours de l’année 2007, à la fois envoyé un homme dans l’espace, et
détruire un objet dans l’espace avec un missile, ce qui équivaut en
prouesse stratégique, au premier satellite Spounik soviétique en 1957.
Voilà donc où nous en sommes, plus proche de la préparation de la
guerre et des discours de la guerre, simplement parce que des pays
puissants, gonflés ou mal rassurés par leur domination d’hier,
continuent de résister aux réformes des institutions et des mécanismes
de la coopération internationale.




