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21 novembre, 2007 12:11
La perte de l’identité diplomatique française et la modification des paramètres géostratégiques mondiaux
Par tonme, Catégories [ Géopolitique , Géostratégie ][ (0) Commenter ] | [150 Reads];| [ (0) Rétroliens ]
L'arrivée à la tête de la France de Nicolas Sarkozy a sans doute – l'avenir en donnera un meilleur témoignage – enlevé à la France et aux Français un des arguments qui, depuis la révolution française enseignée dans toutes les facultés du monde comme le début de l'émancipation des droits humains et des libertés universelles, avait influencé la pensée diplomatique et l'ordonnancement géopolitique et stratégique monde. Cet argument n'est rien d'autre qu'une certaine originalité voire une spécificité dans l'approche de la coopération entre les Etats Nations et la coexistence des civilisations.
Il est même autorisé, à partir des considérations scientifiques en la matière, d'affirmer que c'est à la France que l'on doit la théorie et la pratique de l'équidistance, dans la conduite des relations internationales.
Le spectacle d'un Président de la France prenant ses premières vacances aux Etats-Unis, et lequel s'adressant au Congrès réuni au Capitol, annonce la réconciliation avec les Américains, est la marque d'un tournant brutal qui traduit la volonté de confirmer de façon éclatante, une stratégie de rupture dans la définition du rôle de la France dans la gestion des alliances géostratégiques.
En réalité, une analyse des positions exprimées et défendues passionnément par le nouveau président, sur les dossiers les plus préoccupants des relations internationales, oblige même les sceptiques à faire le constat d'une ère nouvelle, une ère trouble et insaisissable, regrettable peut-être pour tous ceux qui avaient fait de la politique des alliances issue de l'organisation du monde après la guerre de 1939-1945 et de leur stabilité une condition de la paix. La réunification de l'Allemagne au lendemain de l'éclatement de l'Empire soviétique, avait constitué un avertissement contre les extrémistes doctrinaux. Il a donc fallu, pour certains, se réajuster rapidement en intégrant de nouvelles réalités et autant de défis dans la réflexion sur l'avenir.
Cette évolution n'a fait que donner raison à une diplomatie française restée dans son rôle très apprécié de partisan d'équilibre. Le prestige de la France a donc été maintenu et renforcé, et ce prestige a résulté de sa capacité et surtout de son intention jamais démentie, de garder une certaine distance par rapport aux principales têtes d'alliance même si par ailleurs sa politique en Afrique restait comme depuis longtemps, un élément de honte éternelle.
En effet durant toute la guerre froide, c'est à Paris que les protagonistes essayaient de garder quelques contacts utiles et de ménager quelques espaces de dialogue. Ne fallait-il pas quelqu'un en médiateur pour garantir la continuité d'une coexistence relativement pacifique dans un contexte général dominé par la méfiance et la multiplication des conflits périphériques par satellites interposés ? C'est ainsi qu'entre 1960 et 1990, trois décennies de tensions, de complots et de manœuvres exacerbés, Paris prendra le visage de principale capitale diplomatique dans les relations internationales. Les négociations qui règlent les conditions de la fin de la guerre au Vietnam entre Le Duc To et Henry Kissinger, tout comme celles qui inaugurent le cycle de remodelage des relations internationales par la programmation d'un nouvel ordre économique international, se tiennent dans la capitale française.
Paris, par ailleurs, et malgré son implication dans le camp occidental, est, aux yeux des peuples oppressés en lutte à travers la planète contre les impérialismes de toutes natures, la terre d'expression et de résistance, le carrefour des rencontres, et le siège de nombre de leurs représentations.
Du général De Gaulle jusqu'à Jacques Chirac, la France n'a jamais négocié cette posture de relative indépendance et de distanciation certaine par rapport aux Etats-Unis. En un seul coup de crayon et en quelques actes que l'histoire risque de juger très sévèrement plus tard, Nicolas Sarkozy a ruiné cet héritage et compromis une spécificité sur laquelle la diplomatie mondiale a été assise durant un demi-siècle.
Lorsque les Etats-Unis décident, sur la base du mensonge aujourd'hui reconnu, d'envahir l'Irak, c'est à la France que l'on doit la plus forte résistance ; et c'est autour d'elle que se regroupent toutes les consciences institutionnelles et non institutionnelles qui s'opposent à la vision américaine, en prônant une autre solution pour chasser Saddam Hussein du pouvoir. L'intervention mémorable de son Ministre des Affaires étrangères – Dominique De Villepin – lors de l'ultime réunion du Conseil de Sécurité, suivie en direct sur toutes les télévisions du monde, reste non seulement un des moments les plus mémorables de la diplomatie française, mais aussi des plus marquants de l'histoire de cette institution.
En réalité, il existe une tradition française d'indépendance et de dialogue, bâtie sur un socle culturel qui offre au berceau de la langue et de la civilisation françaises, une stature de prééminence diplomatique dont ont toujours été très conscients les dirigeants de la France. Il y a de fait, au travers de la confrontation implicite entre la France et les Etats-Unis, une lutte réelle et ouverte entre les dominations anglo-saxonnes et françaises. Ce sont deux écoles de pensée, deux cultures, deux civilisations, deux formes d'action et de conduite qui ont géré le monde des siècles durant, en succédant aux autres impérialismes éteints.
Le mérite de la France demeurait donc dans sa capacité et son art de rassemblement des minorités et de recollement des différences en vue de la sauvegarde des attributs de l'universalité. Pour cela, aucun excès diplomatique n'était autorisé, et aucun alignement brutal sur les Etats-Unis, perçus comme une puissance arrogante, n'était acceptable. Il faut se souvenir des passes d'armes entre Michel Jobert alors ministre des Affaires Etrangères de la France, et Henry Kissinger son hyper puissant homologue américain, à l'époque où la guerre froide dans ces années 1970 mine toutes les rencontres internationales et bloque les solutions sur la plupart des grands dossiers.
Ce que Nicolas Sarkozy affiche aujourd'hui comme position sur la question du nucléaire iranien et autant sur le Proche-Orient n'est ni digne de la France, ni utile pour la paix dans le monde. Paris avait su garder une forte tête sur tous ces dossiers, en combinant une nécessaire fidélité au Camp Occidental, avec la volonté de préserver la dignité et l'amour propre des petits pays. Par ailleurs, il a toujours été clair pour la France, que les Etats-Unis ne comprenaient que le sens de leurs intérêts immédiats, et jamais ceux des autres, ni ceux d'une coexistence pacifique à long terme.
Sur le dossier du Proche-Orient par exemple, particulièrement le conflit Palestino Israélien, la France a été le premier pays à se prononcer ouvertement pour la création d'un Etat palestinien et la première puissance d'importance à permettre l'ouverture d'une représentation de l'Organisation de la Palestine (OLP) sur son territoire nanti du statut diplomatique. Pour mesurer la signification du geste, il faut se souvenir que Andrew Young, le premier africain américain à occuper le poste de Représentant permanent des Etats-Unis auprès de l'Onu, fut contraint à la démission pour avoir rencontré le représentant de l'OLP. C'est tout dire sur la portée de la constance d'une diplomatie française qui pendant longtemps a indiqué la voie, pris des initiatives pour tempérer les exclusions, et engager des solutions pour rapprocher les peuples.
(A suivre)
Par Shanda TONME
Le 21-11-2007




