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13 décembre, 2007 01:55
Entre truands d'Europe et prédateurs d'Afrique, un partenariat de tromperie permanente des peuples
Par tonme, Catégories [ General , Géopolitique , Géostratégie ][ (0) Commenter ] | [801 Reads];| [ (0) Rétroliens ]
La Conférence de Berlin à laquelle l'on doit la configuration géopolitique subjective actuelle de l'Afrique eu lieu en 1884. Les maîtres du monde de l'époque, européens, entendaient se partager le continent au nom d'une mission sacrée soutenue par une idéologie européocentriste qui fondait leur domination sur nos peuples traités de primitifs.
Les historiens n'ont jamais complètement élucidé les affres sorties de Berlin, et les peuples africains n'ont jamais cessé de dénoncer une messe qui leur a déjà fait payer un prix inestimable et causé des torts irréparables. Génocides, guerres civiles, assassinats, misères, pauvreté, cruautés en tous genres et pandémies de toutes natures puisent ainsi pour une très grande partie leurs sources dans une rencontre qui ne fut point différente d'une réunion des mafias criminelles.
En 2007, soit exactement 113 ans après, une autre grande messe se tient au cœur de l'Europe, cette fois avec la participation des dirigeants africains, lesquels ne sont majoritairement que de simples produits des planifications stratégiques des mêmes maîtres de Berlin. C'est depuis cette messe noire, qu'au nom de leurs intérêts, les truands européens ont pris des dispositions radicales pour décider qui doit occuper le fauteuil de Chef d'Etat ou de Chef de Gouvernement dans tel ou tel pays du continent.Par ailleurs, s'il est vrai qu' hier, la Conférence se tenait en l'absence des souverains africains, la différence par rapport à aujourd'hui est bien minime au regard des implications effectives, de la marge de manœuvre des ces faces basanées, de ces rois fainéants, de ces présidents à vie, de ces obscurantistes qui de l'Est à l'Ouest, du Nord au Sud de l'Afrique, privent les citoyens de s'exprimer et gèrent leurs pays beaucoup plus dans le sens souhaité par des forces et des puissances esclavagistes, que par les cris désespérés de leurs peuples.
De Berlin à Lisbonne, d'hier à aujourd'hui, le sort des peuples a connu ce que l'on pourrait appeler des mutations imparfaites ou carrément une évolution troublante ne permettant pas réellement d'affirmer que l'on est parvenu à une émancipation politique, économique et diplomatique. Le simple fait que les promoteurs de la rencontre de Lisbonne s'évertuent à vouloir décréter une certaine égalité entre les participants venus des deux rives de la méditerranée en dit long sur le bilan qu'ils ne veulent pas voir en face. Mais comment pourrait-on logiquement concevoir ce partenariat égalitaire que proclament à tue tête quelques médias à la solde des intérêts obscurs, entre un maître qui n'a rien perdu de son insolence et de sa suprématie, et un esclave qui n'a été déclaré indépendant et libre que pour mieux être isolé et cantonné à la marge du monde ?
- L'Europe qui accueille l'Afrique à Lisbonne est-elle sincère ?
- De quelle Europe s'agit-il vraiment et de quelle Afrique est-il donc véritablement question ?
- Mais pourquoi parle-t-on tant d'économie alors même que nous n'avons aucune idée de la légitimité des différents représentants de l'Afrique ?
- Peut-on épouser et respecter une femme que l'on a violé, souillé et humilié pendant longtemps et parler ensuite de couple équilibré ?
- Qui veut nous faire croire que nous pouvons entrer dans nue relation d'affaires honnête et transparente avec ceux qui hier, nous ont soumis au traitement de bêtes sauvages?
1- UNE INSOUTENABLE HYPOCRISIE
La querelle entretenue sur la qualité et l'honorabilité de certains participants, notamment, nous conduit à rappeler quelques points d'histoire. S'agissant tout d'abord de Robert Mugabé, il est important de rafraîchir la mémoire de ceux qui l'auraient déjà oublié ou qui ne l'ont jamais su, sur la manière dont celui qui apparaît comme le dictateur le plus ignoble aujourd'hui, est parvenu au pouvoir. Mugabé doit en réalité sa place à la volonté des pays de l'OTAN qui le trouvaient moins dangereux que Josua Nkomo considéré comme proche de Moscou et par conséquent allié du pacte de Varsovie. Nous étions alors à une époque où il existait une alliance objective entre l'Occident et la Chine contre l'expansionnisme soviétique. Voilà donc comment Mugabé qui appartenait à une ethnie minoritaire fut pratiquement imposée de Londres et de Washington, pour en principe servir leurs intérêts.
On retrouve exactement le même mode opératoire dans la politique française au Cameroun, au Gabon, au Congo, au Rwanda. Depuis les supposés indépendances, les ethnies majoritaires ont systématiquement été écartés du pouvoir. Le Cameroun est même le cas d'école le plus exemplaire à ce propos.
Mais contrairement à ce que l'on pensait, l'ami ne respecta pas toutes les clauses écrites et non écrites de l'arrangement, et tomba du coup dans la catégorie des gens à combattre et à abattre par tous les moyens. Il faut donc comprendre que les accords de Lancaster House ne furent que du bluff et que l'essentiel était dans les arrangements non dits et non écrits. Malheureusement l'Occident a souvent montré qu'elle savait éliminer les dirigeants qui lui tournent le dos. Kabila père en a fait les frais, lui qui après avoir été conduit sans combattre jusqu'au fauteuil de Président à Kinshasa, se mit à jouer les grands nationalistes africains et à vouloir étendre la révolution partout. Kabila fils a été élu hâtivement avec des instructions fermes et au travers de simulacres d'élections sous la houlette d'une organisation des nations unies entièrement aux ordres.
Personne ne doit donc se tromper sur les enjeux dès lors qu'un chef d'Etat fut-il le plus mauvais, est ainsi vilipendé à longueur de journée et de façon unanime par tous les médias occidentaux. A l'inverse, l'on comprend encore mieux les louanges déversées sur Mandela. Le grand Madiba les doit certes à sa longue résistance, mais il les doit aussi à sa loyauté vis-à-vis des gens avec qui il a négocié et accepté de passer par pertes et profits, les dossiers sensibles et surtout gênants pour l'Occident, principal soutien du régime d'apartheid qui a écrasé les noirs des siècles durant.
L'on devrait s'étonner que l'on traite le cas de Mugabé comme une originalité voire une surprise, tout en sachant pertinemment ce qui se passe juste à côté. La France peut s'estimer heureuse, elle qui réussit le tour de force de faire oublier ou de faire garder le silence sur les présidences à vie du Gabon et du Cameroun, sur les turpitudes du Congo, les errements du Tchad et de Centrafrique.
La rencontre de Lisbonne se tient au moment où au Cameroun, le régime orchestre ouvertement une campagne en vue de modifier la constitution pour maintenir au pouvoir un Chef d'Etat octogénaire au-delà de son mandat. Or personne dans l'expérience des crises internationales n'ignore que la Somalie, le Soudan, le Libéria, la Sierra Léone, les deux Congo et consort, proviennent de la volonté d'un chef d'Etat de confisquer le pouvoir. A Lisbonne, on ne voit que ce que l'on veut bien voir, le reste est mis sous l'éteignoir. De parfaits Chefs d'Etats voyous et illégitimes qui violent systématiquement les droits de l'Homme et organisent le pillage de leurs pays sont reçus en Hommes d'Etat respectables.
Cette hypocrisie de l'Europe frise la provocation à l'endroit des peuples africains qui sont par ces actes invités à recourir à terme, eux aussi aux méthodes kamikazes des islamistes pour se faire entendre. Le premier Ministre britannique devrait aller jusqu'au bout de sa logique et boycotter toutes les instances multilatérales mondiales où siègent des représentants du régime de monsieur Mugabé. Gordon Brown devrait alors claquer la porte de l'ONU tout simplement.
Les chiffres de l'inflation étalés sur l'économie zimbabwéenne pour mieux enfoncer le clou, pourraient certainement être transposés ailleurs sans problème. A combien se situe donc l'inflation dans un pays comme le Cameroun où les salaires des fonctionnaires sont bloqués depuis environ vingt ans pendant que le coût de la vie a été multiplié par dix ? Le Tchad, le Congo, l'Ouganda, le Kenya ne sont pas loin de tomber dans le même constat.
Sous un autre angle de considération, l'Europe soutient-on dans la presse lue à Paris, Berlin, Amsterdam ou Bruxelles, prendrait d'autant plus au sérieux la rencontre de Lisbonne qu'elle serait inquiète par la pénétration commerciale chinoise sur le continent. En somme l'Europe serait dans la situation d'un mari qui a trompé sa femme tout le temps et qui craindrait maintenant les amours de cette dernière avec un amant plus entreprenant et mieux disant.
Qu'est ce qui inquièterait donc franchement l'Europe dans la présence chinoise en Afrique sinon la mise à nue de son modèle de coopération et de partenariat objectivement usuraire et suicidaire pour les peuples du continent ? Si la Chine doit être un sujet si préoccupant pour les maîtres colons et néocolons, il faudrait peut-être jouer à fond cette carte chinoise si nous en avons les moyens.
Il faut d'ailleurs souligner qu'il s'agit d'une autre manière de révéler clairement aux africains qu'ils sont enchaînés par l'Europe et qu'ils ne sauraient se libérer sans fracas et conséquences graves pour tous ceux qui gouvernent par ici. S'il faut parler des chiffres, le volume des investissements chinois en Afrique et des profits réalisés, est à peine le centième de ce que font les entreprises françaises, pour ne citer que ceux là.
2- NOUVEAU PARTENARIAT OU NOUVELLE TROMPERIE ?
Ce qui est intéressant dans le vaste ordre du jour de la conférence de Lisbonne, cette quatrième rencontre du genre, c'est le caractère plaisant et à la limite excitant des thèmes retenus. Avec le talent de charmeur de serpent que les européens savent déployer lorsqu'il s'agit de pauvres autocrates illégitimes et brouillons du continent, on a fait semblant de tout mettre su la table, exactement comme cette fameuse conférence de la Baule sous un certain François Mitterrand en qui certains naïfs africains avaient cru voir un ange libérateur.
Lorsque l'on nous étale aujourd'hui le discours sur le nécessaire partenariat d'égal à égal, veut-on nous faire croire que tout le système d'exploitation construit depuis des lustres sur la base d'un faisceau d'arrangements bilatéraux a disparu subitement ? Que valent mille discours et résolutions de Lisbonne en face des stratégies monopolistiques de Bouygues, Lafarge, Bolloré, Total, Shell, BP et j'en passe ?
Ce que l'Europe prône en termes de contenu dans sa nouvelle approche de l'Afrique au plan économique, est intimement enfermé dans des combines diplomatiques articulées autour des rois fainéants et autocratiques. Point n'est besoin de l'avoir écrit pour l'appliquer et point n'est besoin de l'avoir expérimenté pour s'en convaincre.
Tant que la règle sera de traiter avec quelques esclaves sans patriotisme ni personnalité, les relations de l'Afrique avec l'Europe demeureront des relations de maître et esclave. D'ailleurs, les rencontres euro africaines procèdent d'une élégante convivialité criminogène. Pour s'être opposé aux activités criminelles de pollution de la puissante compagnie pétrolière Shell, l'écrivain nigérian Ken Saro Wiwa fut pendu publiquement. Qu'on ne vienne donc pas nous enseigner que personne ni aucun homme d'Etat de l'Occident n'aurait pu exercer des pressions déterminantes sur le régime sanguinaire de Sani Abacha pour empêcher un assassinat aussi odieux.
De Berlin à Lisbonne, les peuples n'ont connu que souffrances, misères et humiliations, à la différence des acteurs gouvernants qui des deux côtés de la mer bleue, se sont enrichis insolemment. On entend beaucoup dire que les Accords de Lomé furent un geste de très grande générosité de la part des pays européens en faveur des partenaires africains. Nous nous inscrivons en faux contre une telle assertion qui ne peut reposer que sur des statistiques tronquées. Ce qui est en cause, c'est la capacité d'un arrangement quelconque à créer les conditions effectives d'une croissance économique réelle, durable, profonde et profitable pour les peuples africains.
De ce point de vue, les Accords de Lomé ne furent qu'une autre tromperie et leur mise à mort par les principes régulateurs ultra libéraux de l'OMC n'a pas gêné grand-chose. Les partenaires européens se sont d'ailleurs empressés d'invoquer les exigences de libéralisation de l'OMC en guise d'excuse tranquille, en se donnant bonne conscience. Il est notoirement établi que des sommes colossales débloquées dans le cadre de la Convention de Lomé au titre de compensations pour les pertes de recettes d'exportation, ont le plus souvent été dilapidées dans des circuits loin des yeux des pauvres agriculteurs africains sensés être les bénéficiaires.
En fait, les truands au pouvoir en Europe donnent d'une main et récupèrent de l'autre, les peuples des deux côtés étant laissés dans l'obscurité totale. Il existe ainsi une relation étroite entre dirigeants européens et dirigeants africains pour partager l'argent de la coopération que l'on retrouve dans des circuits tordus. On les retrouve ainsi dans les financements des campagnes électorales en Europe, les comptes numérotés dans les paradis fiscaux, et des prises de participation dans quelques affaires industrielles et commerciales. La plupart des groupes industriels évoluant en Afrique ont des ramifications avec les dirigeants politiques européens.
L'Afrique a continué à importer plus et à exporter nettement moins, passant même dans certains cas, à une situation de dépendance absolue là où celle-ci n'était que relative. D'ailleurs, faut-il le souligner, il ne viendrait à l'esprit d'aucun dirigeant européen, de travailler à réduire le champ de pénétration et de domination monopolistique des entreprises multinationales européennes en Afrique. Les puissants lobbies que constituent les syndicats européens les feraient évincer tout de suite.
Les Accords dits de nouveau partenariat n'ont de ce point de vue aucun sens et ne se justifient en réalité que par la volonté de ruiner toutes les chances de transformation des économies africaines. Il s'agit de nous empêcher de passer du stade de pourvoyeurs de matières premières brutes à celui de producteurs de biens manufacturés disposant de quelques industries lourdes. C'est toute la problématique de la compétence exclusive des Etats souverains ou encore de la plénitude de compétence qui est en jeu. Les partenaires européens sont dorénavant soucieux de faire sauter le verrou de l'indépendance dans la prise des décisions économiques et le contrôle des politiques nationales en matière de commerce.
Ce que l'on appelle partenaires à Paris ou à Bruxelles, ne tient pas la route devant la réalité d'une domination outrancière qui a généré les pires dictatures sur le continent. Que ce soit Mobutu ou Bokassa, Mbongo ou Biya, Kagamé ou Wade, l'Europe est responsable dans une certaine mesure de leur installation et de leur maintien au pouvoir. L'Afrique a accouché des enfants à peu près normaux que l'Europe et les Etats-Unis ont transformés en monstres à peu près complets. Aujourd'hui les mêmes puissances impérialistes ne tolèrent plus la moindre frontière et entendent régenter jusqu'aux volumes d'air que les peuples africains doivent respirer quotidiennement.
Kadhafi a beau être un fou et un dictateur dont les méthodes nous rebutent, le discours qu'il développe sur l'exigence de compensations pour les crimes et les spoliations de la colonisation, n'en demeure pas moins respectable, cohérent et légitime. Il s'agit dans le contexte précis de négociations avec les colonisateurs d'hier et les néo coloniaux d'aujourd'hui, de régler des préalables indispensables à la cicatrisation des plaies de l'histoire. Le contentieux ne peut pas être mis en veilleuse aussi facilement alors que les promoteurs du Tribunal Pénal international se font par ailleurs champions de la recherche de réparations sur certains autres dossiers.
En somme, il n'y a aucun espoir dans une coopération avec l'Europe négociée et vécue comme une volonté de ceux-ci de tendre une main pieuse et solidaire à l'Afrique. L'avenir entre les deux partenaires passe par une redéfinition des acteurs et une recomposition géopolitique sur notre continent. De ce point de vue, l'Afrique n'est pas encore suffisamment préparée pour négocier avec l'Europe, parce qu'elle n'est pas encore ni dignement ni qualitativement, ni légitimement représentée. Abdoulaye ne fait offense à personne lorsqu'il affirme ouvertement sur des ondes internationales que nombre de ses pairs africains n'ont aucune idée de ce que les APE signifient. Il n'en fait pas trop non plus lorsqu'il se demande ce que signifie la rhétorique de relations d'égal à égal lancée par les européens, connaissant le fossé qui existe entre les parties.
Tout le débat est donc là, à savoir négocier quoi, avec qui, dans quelles conditions et pour quels objectifs. Berlin c'était il y a cent treize ans, mais de là à aujourd'hui, nous sommes comme plantés et figés dans la même position d'esclaves, de soumis, d'oppressés et de corvéables à volonté par les maîtres blancs. Au fait l'Europe ne prends-t-elle pas déjà tout ce qu'elle veut en Afrique ? C'est pour avoir voulu changer cette réalité cruelle et honteuse que les Lumumba, Um Nyobè et autres Sankara ont payé de leurs vies.
Il est donc loisible de conclure qu'en réalité, avec ou sans les APE, l'Europe n'a et n'aura dans les faits, aucun mal à imposer sa volonté aux Etats Africains au regard de la qualité des dirigeants actuels du continent. Le jour où pascal Lissouba s'est mis en tête de changer la gestion du pétrole du Congo pour s'ouvrir à d'autres partenaires en dehors de Total, on a décidé à Paris de le chasser comme un mal propre, bien qu'il ait été élu démocratiquement. Tentez et vous verrez !
Nous négocieront sans doute plus tard, un jour lorsque du Nord au Sud, de l'Est à l'Ouest, l'Afrique sera dirigé par des hommes et des femmes pétris de nationalisme, compétents et choisis librement par leurs peuples.
En attendant, tous ces prédateurs présents à Lisbonne au nom de l'Afrique, ne sont pas différents des animaux que l'on conduit à l'abattoir./.
SHANDA TONME
13 Décembre 2007




