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24 février, 2008 16:32
Implications de la déclaration d'indépendance du Kosovo pour l'Afrique et la stabilité des relations internationales en général
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En proclamant l'indépendance du Kosovo le dimanche 10 Février 2008, les dirigeants de cette petite province Serbe de deux millions d'habitants, d'anciens responsables du mouvement armé de la minorité albanaise, ont posé un acte aux conséquences des plus imprévisibles. En effet deux des clés sacrées de la stabilité des relations diplomatiques sont depuis 1945, l'intangibilité des frontières et l'intégrité du territoire de tout Etat établi et reconnu par les institutions internationales onusiennes. Dans le contexte de l'Afrique, il n'est d'ailleurs pas exagéré de soutenir que ces deux concepts, devenus des conditionnalités existentielles par leur poids émotionnel dans la structuration politique du Continent, auront constitué depuis 1884, année du dépeçage à Berlin, le socle de toutes les analyses. Et encore plus que des concepts, ce sont des paramètres de référence obligés, dans toutes les déstabilisations, bref dans tous les désordres, actuels ou virtuels.
Certes, la désagrégation de l'Union Soviétique communiste dès 1985 sous l'action conjuguée de l'ouverture de Mikael Gorbatchev et la fin de la guerre froide, peut laisser penser que le principe est tombé en désuétude ou même qu'il a été atténué. Mais en réalité, il serait tout simplement inapproprié, de s'en tenir à ce cas, pour célébrer la fin d'une époque. Les anciennes républiques qui se sont détachées de l'ex URSS à l'instar de l'Ukraine, n'ont fait que recouvrer une souveraineté confisquée brutalement sous le règne de Joseph Staline. Ce n'est pas le cas, loin s'en faut, de l'ex Fédération Yougouslave du Maréchal Tito.
La situation du Kosovo pose un problème autrement plus complexe et certainement plus grave. Il y ‘a d'abord le contexte géopolitique, qui ne plaide point pour une solution d'indépendance hâtive, et il y a ensuite la configuration géopolitique à laquelle s'ajoute inévitablement les enjeux stratégiques. Si l'on pouvait situer le cas des ex républiques soviétiques dans un mouvement cohérent accepté, cautionné voire encouragé implicitement par Moscou, la situation actuelle s'apparente à un acte de guerre froide orchestré pour modifier de façon définitive et dangereuse, les rapports des forces globaux. Nous ne sommes pas éloignés, d'une jonction avec le projet de déploiement des bases de défense anti missile en Pologne et en Bulgarie par les Etats-Unis, ce que Moscou assimile là aussi, à une volonté d'hégémonie, une provocation.
Par ailleurs, si le jeu se déroule dans une sous région précise, les enjeux par contre sont de nature à englober des équations à l'échelle planétaire, et d'influencer durablement les grands équilibres diplomatiques. Ce qui est en cause, ce n'est pas seulement la remise en cause de l'unité territoriale d'un Etat foncièrement anti occidental au sens des termes de la guerre froide, c'est aussi, la désacralisation des frontières dans la projection des relations d'influence politique et diplomatiques. En fait toute l'armature géographique de l'organisation du monde et de la coopération entre les peuples et les Etats-nations s'en trouve bouleversée et fragilisée.
L'on retrouve dans les positions développées de part et d'autre de l'Atlantique, une relative confusion qui marque les lignes de fracture entre les puissances grandes et moyennes, en fonction non pas seulement de leur situation individuelle, mais beaucoup plus en fonction des retombées attendues dans la projection de leurs intérêts à long terme. Les Etats-Unis s'opposent à la Russie sur ce dossier en donnant l'impression d'aller au-delà de la simple promotion de l'auto détermination de la minorité albanophone, et de rechercher à émietter tout se qui peut encore trop dépendre de Moscou dans la sous région.
Une analyse minutieuse de la situation montre que les risques sont évidemment plus importants que l'on ne pourrait le penser. L'on a beau dire en effet que l'Espagne par exemple ne s'oppose à la reconnaissance du nouvel Etat que parce qu'elle ne veut pas envoyer un mauvais message à ses indépendantistes basques, il n'en demeure pas moins vrai que les arguments de tous ceux qui soutiennent l'indépendance, ne sont pas de nature à rassembler suffisamment d'éléments imbattables. Certes, le souvenir des massacres perpétrées par l'armée serbe de Mulosévic contre cette minorité ethnique, a pu engendrer un fort courant de solidarité international, mais alors, de là à transgresser les recommandations de l'ONU qui n'évoquaient qu'une large autonomie, il y a comme une volonté planifiée de construire un nouveau rapport des forces dont les objectifs ne sont claires qu'à Washington.
Pour l'Afrique, c'est pratiquement une révolution qui vient de se produire au Kosovo. Mesure-t-on seulement à Paris ou à Londres, ce que signifierait une reconnaissance du nouvel Etat par le Conseil de Sécurité de l'ONU ? De toute évidence, même si l'on pourrait rêver que par une magie inqualifiable, la Russie n'oppose pas son Véto au Conseil de sécurité, l'Assemblée générale ne pourrait jamais réunir la majorité requise pour l'admission du Kosovo comme membre de l'Organisation. C'est le lieu de rappeler les dispositions pertinentes de la Charte de l'ONU qui à ce propos, ne souffrent d'aucune ambigüité : L'admission d'un nouveau membre se fait par l'Assemblée générale après avis du Conseil de sécurité. L'on retrouve ici en effet, l'hérésie juridique voire l'égoïsme et le sectarisme des puissances victorieuses de la deuxième guerre mondiale ( 1935-1945), lesquelles entendaient verrouiller le contrôle de l'institution de façon collective selon une entente digne des larrons redoutant l'avenir. Il en va de même de la révision de la Charte et de l'engagement des troupes dans le cadre de la mise en œuvre du Chapitre VII relatif au maintien de la paix et de la sécurité internationales. Chaque membre permanent détient un droit de blocage, pour ne pas dire de paralysie de tout le système.
Le réalisme commande d'ailleurs, de préciser qu'il faudrait être fou pour s'attendre à une reconnaissance du nouvel Etat par les pays africains dont on connaît la compartimentation en tribus sur des lignes de division subjectives et chroniquement conflictuelles. Qui en Afrique prendrait vraiment le risque d'une démarche de soutien aux thèses de la France et des Etats-Unis sur cette question ? Même le Rwanda du très arrogant Kagamé, allié privilégié de Washington, ne tenterait pas de se mettre le doigt dans l'œil. N'évoquant même plus des pays à l'instar du Sénégal plombé par le cas de la Casamance, le Congo Démocratique et se mille articulations tribales, ni un certain Cameroun, constamment en alerte avec la menace d'un Etat du Sothern cameroon dont les dirigeants se font un malin plaisir de narguer Yaoundé à répétition.
L'on notera particulièrement pour cette affaire qui ne fait que commencer, l'empressement de la France à emboîter le pas aux Etats-Unis, confirmant l'analyse démonstrative que nous faisions déjà il n'y a pas longtemps, sur la perte de l'identité diplomatique française.
En somme, le monde après avoir surfé sur une conception des Etats nations bâtie sur les notions hermétiques de frontières, terrestres, maritimes et aériennes, vient de plonger avec une précipitation irréfléchie, dans une inconnue géostratégique troublante pour la cohérence des dogmes cartésiens du Droit international, et des principes généraux de la coexistence pacifique.
C'est l'Afrique, à cause de la fragilité et l'imprévisibilité dans lesquelles la placent les nouvelles dictatures cristallisantes de misère et de guerres civiles, qui fera les frais de la démarche revancharde de l'alliance révisionniste formée autour de Washington. Certes, d'un point de vue progressiste des perspectives des droits des peuples, la désagrégation des ensembles imposés par des puissances conquérantes, à l'instar des voyous de la conférence de Berlin (1884) ou de Yalta (1944) n'est pas une mauvaise chose. Pourtant, tout dépend, pour la réussite d'une évolution cohérente du droit international et de la valorisation subséquente du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, d'un certain art diplomatique, et d'une certaine manière géostratégique, gage de viabilité de toute réorganisation géopolitique consensuelle, non contentieuse, et rassurante./.




